ISLAMS CONTRE ISLAMS : LE CHOC DES REPRESENTATIONS

L’Islamisme, l’islamophobie (la peur de l’Islam), les actes de terrorisme revendiqués au nom de certains versets non abrogés du Coran sont des sujets qui alimentent les conversations sur les réseaux sociaux. Le plus souvent ceux qui entendent participer au débat se contentent de camper sur leurs positions.

A partir d’une observation fine des discussions passionnées qui ont cours notamment sur LinkedIn, des arguments et des contre-arguments que l’on y expose, il est possible d’identifier des représentations de l’Islam qui diffèrent fortement d’un individu à un autre ou d’une catégorie d’individus à une autre.

Très souvent la confrontation de représentations antagonistes mène à une impasse, le débat trébuchant sur une absence totale de volonté ou de capacité à comprendre son interlocuteur.

En simplifiant volontairement les points de vue, il est possible de distinguer entre deux représentations principales, l’une qui voit dans l’Islam une religion empreinte de tolérance et de paix, et une autre, qui considère l’Islam comme suspendu à un Coran guerrier, violent et archaïque.

Ceux qui se représentent l’Islam comme un Islam de paix expose naturellement des morceaux choisis du Coran justifiant selon eux la justesse de la représentation qu’ils se font de l’Islam. Le verset 32 de la sourate V reproduit ci-dessous est un exemple de verset fréquemment utilisé à cette fin :

« Nous avons prescrit pour les enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. »

Ceux qui se représentent l’Islam comme défini par certains versets conquérants non abrogés du Coran opposeront par exemple le verset suivant :

« Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite ; ce qui parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient directement le tribut après s’être humiliés. » (Verset 29, Sourate IX).

Face à ce type de versets, ceux qui se représentent l’Islam comme une religion de paix et de tolérance, musulmans paisibles ou défenseur laïque de la tolérance religieuse, réagissent principalement, soit par le déni ou soit par un discours appelant à contextualiser cette catégorie de versets.

Parfois, le déni peut laisser place à l’acceptation lorsque la preuve de la présence dans le Coran du verset incriminé est apportée délicatement, sans jugement et sans condescendance.

Quant au recours à l’argument du contexte, il est acceptable et pourra donner suite à ce genre de dialogue inspiré de dialogues réels entre un musulman se représentant l’Islam comme une religion de paix et de tolérance et une personne neutre :

–         Je comprends que ce verset s’inscrit comme vous le dites dans le contexte de l’époque. A Médine, Muhammad était effectivement un chef confronté aux réalités politiques de son temps. Pour autant, pourriez-vous considérez que ce verset est caduc ?

–         Oui, ils devraient l’être car nous ne sommes plus à Médine et devons accepter le « vivre ensemble ».

–         A votre avis ces versets ont-ils été abrogés ou déclarés caducs par des autorités religieuses ?

–         Je ne sais pas.

–         En fait ces versets n’ont jamais été abrogés. Pensez-vous que les imams devraient déclarer la caducité de ces versets ?

–         Je ne sais pas. Ils sont dans le Coran et le Coran c’est quand même la Parole de Dieu.

–         Savez vous que des penseurs musulmans réformateurs ont considéré qu’il y avait en quelque sortes deux Corans, un Coran mecquois portant ce message universel de tolérance et de paix qui est celui que vous soutenez, et un Coran Médinois, parsemé de versets légiférants, politiques et guerriers que l’on pourrait qualifier de circonstance. Certains de ces penseurs réformateurs ont même considéré que la plupart des versets médinois de circonstance devaient être déclarés caduques et l’ont payé de leur vie.

Ces quelques lignes sont l’illustration d’un dialogue plutôt constructif. Mais en admettant que ce français musulman infléchisse au fur et à mesure de cette discussion sa position, pour autant, il sera peut-être tenté d’aller en parler à un imam modéré, qui très probablement le persuadera que la caducité ne peut en aucun cas être déclarée.

Car ce sujet est effectivement un sujet très sensible sur lequel, les religieux n’ont pas consenti jusqu’à présent à la moindre concession. Avec le temps, le Coran a été sacralisé et le dogme de sa perfection et de son inimitabilité ont été gravés à l’arrière-plan cognitif de chaque français musulman.

Rachid Benzine, enseignant à l’IEP d’Aix en Provence dans le cadre du Master « Religions et société » s’exprime en ces termes dans son ouvrage « Le Coran expliqué aux jeunes » (Edition le Seuil).

A la question : « Cette violence à l’égard des juifs choque beaucoup nos contemporains. Quelles explication lui donner ? », il répond qu’ « il ne faut jamais séparer le coran de sa culture ».

A la suite du chapitre sur le traitement des femmes qu’il aborde sous l’intitulé « La place de la femme » il dit en parlant du Coran : « Le texte à certains endroits, a été édicté, pensé et transmis comme prescription, « commandement » à l’impératif. Il faut faire la distinction entre le contenu d’un texte transmis et la lecture que nous en faisons. On ne peut pas toucher au texte, jamais. »

Il pose ensuite la question suivante : « Peut-on faire « comme si » les règles coraniques étaient dépassées et dire qu’elles ne sont plus valables aujourd’hui ? »

Il répond : « Non. Si l’on dit cela, on laisse croire que le Coran est défaillant ou dépassé. Il faut revenir à l’essentiel, au centre du message : L’affirmation de l’unicité de « Dieu » souverain. »

On perçoit ici un vrai malaise chez l’auteur qui au fond ne sait comment s’extirper de ce nœud dogmatique.

« Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite ; ce qui parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient directement le tribut après s’être humiliés. » (Verset 29, Sourate IX).

Ce verset un bien une injonction, il fait partie selon l’auteur de la catégorie de versets qu’il qualifie de « commandements à l’impératif ». L’auteur poursuit en substance : « non »,on ne peut pas faire « comme si ces versets étaient dépassés et n’étaient plus valables aujourd’hui ».

Selon l’auteur, il faut sauver à tout prix le prétendu caractère éternellement signifiant de ce verset. Dans le même temps, l’auteur affirme comme je l’ai indiqué précédemment qu’il ne faut « jamais séparer le Coran de sa Culture ».

Lorsque l’on examine la posture de cet auteur, parfaitement en ligne avec l’orthodoxie musulmane, une question se pose d’emblée : Pourquoi, ne pas déclarer purement et simplement la caducité du verset 29 de la sourate IX ?

Avant de répondre à cette question, j’insiste sur le fait que la déclaration de caducité de bon nombre de versets médinois ne provoquerait aucunement l’abaissement ou la disparation de l’Islam.

Dans le même ouvrage, Monsieur Rachid Benzine, nous explique que la tradition a fait de Muhammad un personnage anhistorique et qu’en tout état de cause, « il est impossible de savoir qui est Muhammad ! ». Il poursuit ensuite en posant la question « Le Mahomet des historiens est donc très différent du Muhammad des croyants ? ». Il conclut vaguement, précisant que « Muhammad a une dimension historique difficile à saisir, et une autre qui relève de la foi et qui s’adresse à l’affect et à l’imaginaire des croyants », manière implicite de discréditer toute tentative de la part des historiens de reconstituer l’histoire du vrai Muhammad, en lieu et place de celle idéalisée par la tradition.

Lorsque l’on s’intéresse à la systémique de l’Islam, il est clair que consciemment ou inconsciemment, Monsieur BENZINE participe à la défense des deux piliers de la sharia, à savoir, d’une part, le Coran, considéré comme la parole immuable et éternellement signifiante de Dieu, et d’autre part, le dogme de la perfection du prophète.

Le mythe de la perfection du prophète dont résulte également le dogme de son infaillibilité, conditionne la survie de la sharia. La logique est la suivante :

·        Si le prophète est parfait, ses paroles et ses actes (hadiths) sont parfaits.

·        La sharia s’appuie sur le Coran et sur les actes et les paroles du prophète (Hadiths), lesquels sont parfaits.

·        Donc la sharia est parfaite.

En guise de conclusion, je poserai la question suivante et y apporterai quelques réponses :

Qui a intérêt à défendre cette dogmatique ?

–         Les français musulmans ? Non, car en aucun cas la caducité des versets guerriers et la rectification du portrait de Muhammad n’auraient d’effets sur leur foi. Une autre systématique s’imposerait facilement. Je l’aborderai dans un prochain article.

–         Les partisans de la sharia ? Oui, car la valeur de la sharia collective s’effondrerait.

Les oulémas ? Oui, car leur connaissance de la sharia leur procure le respect, leur position sociale et leur rémunération. Pour eux, sauf à évoluer vers l’adhésion à une nouvelle théologie, la perte serait immense.

–         Certaines puissances étrangères ? Oui, car la contagion d’un Islam français qui se serait hisser à la pointe de la spiritualité et de la modernité, remettrait en question la dogmatique qui leur permet de maintenir leur pouvoir. La contagion d’une nouvelle dogmatique pouvant affecter bon nombre de familles éclatées entre la France et leur pays d’origine, on peut imaginer la Proxy War idéologique dont le terrain est la France.

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