Morphopsychologie, Islamophobie…

Mais quel est le point commun entre ces deux termes ?

A première vue, il n’y en a pas.

Cependant, si l’on regarde de plus près, on remarque que ces mots possèdent une nature englobante.

En contradiction avec le critère étymologique , le mauvais usage de la location « Islamophobie » relie ce terme à quatre signifiés dont un seul est illicite.

Ainsi cette fusion des signifiés, mélange le licite et l’illicite. (Voir tableau ci-dessous)

Les 4 signifiés possibles du terme « islamophobie »

Le terme « Morphopsychologie » souffre de la même maladie.

Ce dernier recouvre d’une part, une théorie soutenant la correspondance entre des traits du visage et des traits de caractère, et d’autre part, une théorie visant à expliquer la formation des traits du visage.

Que le lecteur se rassure, la morphopsychologie n’est pas un domaine qui passionne l’auteur de cet article.

Cependant, la manière dont ce sujet est traité est très révélateur de l’esprit du temps et constitue selon moi le paradigme d’un biais méthodologique très répandu.

Il y a peu, je m’intéressais, aux pratiques du Parti communiste chinois et à l’usage de la vidéosurveillance en Chine.

Dans le cadre de mes recherches, je me suis aperçu que contrairement aux idées reçues ou plutôt aux idées que l’on voudrait pouvoir accepter sans examen critique, il existait « de nombreuses preuves que les indices morphologiques et sociaux d’un visage humain fournissaient des signaux de personnalité et de comportement humains. » [1].

En effet, que ce soit dans la revue « Nature » ou d’autres revues scientifiques, depuis quelques décennies, on trouve des articles fiables et sérieux qui attestent ce lien entre la morphologie du visage et certains traits de personnalité.

Désireux d’en savoir plus, je pris la peine de lire le traité de morphopsychologie de Louis Corman, le fondateur de cette discipline.

Dans le même temps, je consultai wikipédia. En introduction, il y était énoncé :

« La morphologie est une pseudo-science qui prétend établir des correspondances entre la morphologie des traits du visage d’un individu et sa psychologie. »

Une idée me vint à l’esprit. Même si il est peut être désagréable de s’imaginer que ce rapport entre les traits du visage et des traits de personnalité puisse exister, lorsque la réalité est désagréable ou ne nous « convient » pas, faut-il la nier pour autant ?

Mais revenons, à notre analogie entre « Morphopsychologie » et « Islamophobie ». Dans les deux cas, les termes sont englobants.

Louis Corman, dans son ouvrage soutient principalement deux thèses.

La première affirme le lien entre la morphologie du visage et certains traits de personnalité. Cette affirmation est aujourd’hui attestée et même, malheureusement, sur le point d’être exploitée par le parti communiste chinois.

La deuxième, contrairement à la première, est selon moi, une pseudo-théorie, à savoir, la loi de dilatation- rétractation, qu’il est inutile ici d’expliciter car elle repose sur des hypothèses ad hoc, c’est à dire non falsifiables au sens de Popper.

Ainsi, le terme « Morphopsychologie », recouvre deux théories, l’une que l’on peut qualifier de scientifique n’en déplaise aux idéalistes, et l’autre, de pseudo-science.

Le lecteur aura compris le titre de cet article.

En fusionnant deux théories, l’une que l’on peut considérer comme établie et l’autre qui n’est autre que de la pseudo-science, on se donne la possibilité de disqualifier, et ce, sans examen sérieux, une réalité pourtant attestée.

Quant à l’article de wikipedia, il est tout simplement biaisé et est donc susceptible d’induire des millions d’utilisateurs en erreur sur ce sujet.

La conclusion est la suivante : La réalité doit être acceptée telle qu’elle est.

Certes, il est déstabilisant que l’analyse de l’image d’un visage par un algorithme puisse mettre en évidence certains traits de personnalité, pourtant, si cela est la réalité, il faut l’accepter, quitte à réglementer l’usage de ce type de procédé.

Nier la réalité, c’est s’empêcher de l’impacter.

D’une manière plus générale, lorsque l’on décide d’entreprendre des recherches, il ne faut pas fixer à l’avance le résultat que l’on souhaite atteindre.

Aujourd’hui, ce biais est particulièrement prégnant dans le domaine des sciences sociales et en particulier de la sociologie.

En effet, bon nombre d’étudiants, qui se représentent comme les idéologues de demain, entreprennent un doctorat non pas dans le but de découvrir le réel tel qu’il est, mais le plus souvent pour produire des rationalisations, des narrations utilisant une terminologie scientifique, visant à soutenir et légitimer leur système de croyances préexistant.

Le plus souvent, pour ces étudiants, ce système de croyances n’évoluera pas entre le moment de l’entrée à l’université et celui de l’obtention du doctorat.

Ainsi des idées, qui ne seront pas le produit de l’application de méthodes rigoureuses mais plutôt d’un raisonnement biaisé viendront infuser l’esprit du temps et contribuer à propager des représentations erronées.

[1] Kachur A, Osin E, Davydov D, Shutilov K, Novokshonov A. Assessing the Big Five personality traits using real-life static facial images. Sci Rep. 2020 May 22;10(1):8487. doi: 10.1038/s41598-020-65358-6. PMID: 32444847; PMCID: PMC7244587.


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