LA PUDIBONDERIE RELIGIEUSE OU LAÏQUE : SYMBOLE DU RENONCEMENT A L’IDEAL DE PERFECTIONNEMENT DE L’ESPRIT HUMAIN

Le débat autour des tenues vestimentaires (Burkini, Niqab…) visant à couvrir ou à cacher le corps de la femme, apparait souvent, en particulier aux yeux des populations anglo-saxonnes, futile, inutile ou comme une lubie franco-française.

Très souvent, ceux qui expriment leur préoccupation quant au développement de la pudibonderie religieuse ou laïque se voient servir l’argument facile de la liberté de choix, sans que soit posée la question de la contrainte intériorisée, historique, sociale, religieuse ou culturelle qui pèse sur la femme.

La France, le pays des droits de l’Homme renierait ses propres valeurs.

Sur cette question, les musulmans invoqueront souvent de manière explicite le concept de décence.

Ils déclareront pour tenter de marquer un premier point en empruntant les codes des démocraties libérales, que le choix du burkini ou du string appartient à la femme tout en sous-entendant que la décence est évidemment du coté de celles qui couvrent leurs corps.

Selon l’auteur, cette pudibonderie religieuse ou laïque invite non seulement à désespérer de l’homme, à l’exempter de sa responsabilité, mais plus encore, illustre le renoncement à l’idéal de perfectionnement de l’esprit humain.

Avant de démontrer que la pudibonderie religieuse ou laïque est un symbole fort de ce renoncement, posons-nous quelques questions.

Pourquoi certaines femmes, le plus souvent musulmanes, couvrent-elles leurs corps ?

Pour répondre à cette interrogation, le lecteur est invité à procéder à l’expérience de pensée suivante.

Imaginons un monde possible, comme dirait Leibniz, dans lequel les êtres humains seraient évolués au point que chaque homme serait capable, sans effort, et ce, même à proximité d’une femme nue et belle, de résister à ses pulsions et de renvoyer à la femme un regard simplement bienveillant.

Dans cette société idéale, le vêtement aurait pour évidemment pour unique fonction la protection thermique et n’aurait donc pas vocation à cacher des parties du corps, parmi lesquelles celles qu’une partie de l’humanité actuelle considère encore comme intime.

Question : Les tribus amazoniennes dont les membres évoluent nus sans que pour autant les mâles cèdent à l’envie irrépressible de sauter sur les femmes ne sont-elles pas plus évoluées que certaines sociétés qui se sont contentées d’imposer aux femmes de couvrir leurs corps pour éviter qu’elles soient victimes de pulsions masculines incontrôlés ?

Couvrir la femme pour éviter que l’homme lui saute dessus, n’est-ce pas refuser d’attribuer à la femme le statut d’être humain ? N’est-ce pas la réduire à un objet charnel, à un simple corps sans âme ?

De la même manière que la thermodynamique étudie les gaz parfaits, considérons une femme qui n’aurait pas intériorisé les contraintes religieuses, familiales, culturelles et sociales dont il est question en introduction.

Si une telle femme décidait de couvrir son corps, quelle pourrait être sa motivation ?

Est-ce que la femme qui n’a pas une belle image de son corps, voire d’elle-même pourrait entrer dans cette catégorie ?

Ne serait-elle pas justifier à couvrir son corps pour échapper à son propre regard et à celui de l’autre ?

Entre d’une part, la femme ronde qui se ballade nue sur une plage naturiste, et qui, sans être troublée ou gênée par le regard des hommes ou des femmes, évolue dans la posture la plus naturelle qui soit et d’autre part, la femme qui parce qu’elle a honte de son corps ou craint le regard des autres, se couvrent largement, quelle est la plus heureuse ?

Est-il préférable de nettoyer l’extérieur de la coupe ou de purifier son contenu ?

Est-il préférable de vivre avec la honte ou de faire un travail sur soi pour ne plus jamais avoir honte de son propre corps ?

Une femme épanouie, à l’aise avec son corps, ne craignant ni le regard désapprobateur de sa fratrie, ni l’agression sexuelle, ni les foudres d’un Dieu colérique, considérant que c’est à l’homme de maîtriser ses pulsions, aurait-elle une seule raison, si ce n’est la protection contre le froid, de cacher son corps au regard de l’autre ?

Ces questions, nous voulions les poser avant d’aborder le vrai sujet de cet article, à savoir, l’idée erronée qu’il serait recommandé de considérer comme acquis le fait que l’être humain soit voué à ne jamais se perfectionner et notamment à demeurer un éternel esclave de ses propres pulsions.

La pudibonderie est une illustration parfaite de ce phénomène.

A titre d’exemple, le recours à la pudibonderie comme technique de maintien de l’ordre social, se dégage de l’interprétation ultradominante que les musulmans modérés ou intégristes se font du Coran.

Seul un homme, Mahmoud Mohammed Taha comprit en son temps qu’une telle interprétation revenait à désespérer du genre humain et à dénier à l’homme et à la femme la capacité de se perfectionner.

Mahmoud Mohammed Taha, le Gandhi africain, fut à l’origine de cette vision libératrice de l’Islam qui va bien au-delà du religieux.

La vision libératrice de Mahmoud Mohammed Taha

Afin d’être plus explicite, nous nous placerons dans la perspective du croyant.

Mahmoud Mohammed Taha considère que c’est au cours de la première prédication de Mohammed (Mahomet), pendant la période dite « mecquoise », que Mohammed délivra son unique message ontologique.

Selon lui, les versets, que Mahomet délivre aux membres de la puissante tribu des Quraych, sont spirituels, puissants et cléments. Le monothéisme y est affirmé avec force. La toute-puissance d’Allah, la beauté de sa création, son caractère miséricordieux et omniscient, sont déclamés.

L’être humain est appelé à se soumettre au dessein que Dieu envisage pour sa créature. La loi qui sous-tend ce message est ontologique. Elle vise l’être. La soumission à volonté d’Allah est le corollaire de la finalité créatrice, à savoir le perfectionnement de l’être humain.

Le message mecquois s’adresse à un homme achevé, doté de raison. C’est pourquoi, la possibilité de consommer du vin est considérée comme une bénédiction, « un signe pour les gens qui raisonnent » (Sourate 16, verset 67).

Les sourates de cette première période sont empreintes de tolérance, de respect et d’admiration pour les adeptes des autres monothéismes.

Mohammed apparaît particulièrement bien disposé vis à vis des juifs et des chrétiens, considérant que la vérité se trouve également dans les révélations antérieures.

Finalement, ce message initial sera rejeté par les habitants de la Mecque. Mohammed n’obtiendra que peu de soutien et se verra même contraint de fuir pour s’exiler à Médine.

A Médine, le statut de Mahomet change. Il n’est plus « l’avertisseur » mais le chef temporel et spirituel de la communauté médinoise.

Confronté au principe de réalité, il semble renoncer à l’idéal du message mecquois pour délivrer des versets qui s’adressent non plus à l’être, à l’individu, mais à la communauté qu’il entend guider.

Les sourates de cette période sont plus sévères. La législation se durcit. Certaines interdictions deviennent absolues et la tolérance n’est plus de mise.

Alors que le verset 43 de la Sourate 4 d’origine médinoise interdit aux croyants d’approcher la salle de prière alors qu’ils seraient ivres, jusqu’à ce qu’ils comprennent ce qu’ils disent.

La sourate 5, postérieure, stigmatise la consommation d’alcool et établit une interdiction absolue : « Ô les croyants ! Le vin, les jeux de hasard, les statues, les flèches de divination sont une abomination inventée par Satan. Écartez-vous-en afin que vous réussissiez. »

La prédication médinoise s’éloigne du message ontologique hautement spirituel de la Mecque pour diffuser un message simplement adapté aux circonstances et au faible niveau spirituel de ses auditeurs.

La sanction se veut adaptée à la rudesse des mœurs du peuple dont il est l’envoyé. Le temps de l’annonce des vérités éternelles et immuables est révolu. Le principe de réalité rattrape celui qui se représente comme vivant une expérience prophétique, lequel désormais légifère, assure la conduite politique et militaire de la communauté médinoise.

Le caractère conjoncturel des versets médinois incite Mahmoud Mohammed Taha à penser que la prohibition absolue du vin n’a pas vocation à s’appliquer éternellement.

Elle n’est qu’une mesure de circonstance tenant à l’imperfection de la communauté humaine qu’il côtoie chaque jour et dont il connait les défauts. Elle est destinée à maintenir l’ordre social malgré le dégré d’imperfection élevé des habitants de Médine.

Pour ce grand penseur musulman, la liberté demeure cependant première et le perfectionnement de l’espèce humaine est le but ultime assigné par Dieu à sa créature.

L’interdiction de la consommation d’alcool, l’amputation de la main, l’autorisation de frapper sa femme et toutes ces prescriptions qui paraissent aujourd’hui provenir d’un temps révolu ont donc vocation à disparaître.

Ainsi, envisager le maintien éternel de la pudibonderie religieuse ou laïque, de l’interdiction de l’alcool, des hudûd, ces peines légales prescrites par le Coran ou la Sunna , revient donc à renoncer au perfectionnement de l’être humain et par conséquent à désobéir au premier commandement que Dieu assigne à sa créature.

Au-delà du contexte coranique, nous pensons que l’impératif de perfectionnement individuel même s’il a un coût social parfois élevé doit toujours prévaloir.

Car à l’heure, où la technologie met à la disposition de chacun des instruments de destruction malheureusement efficace, l’humanité risque à tout moment la perdition.

Avec la philosophie post-moderne, la crise des fondations a fait son apparition. Le relativisme, le nihilisme n’ont cessé de prospérer.

Alors que René Descartes pensait pouvoir fonder sa philosophie sur son fameux « Cogito Ergo Sum », désormais, l’humanité ne parvient plus à se mettre d’accord sur un socle philosophique ou éthique capable de donner un sens à la vie humaine et de définir un agir.

Aujourd’hui, selon l’auteur, les fondements de la nouvelle philosophie à créer se résument en deux mots : Conservation et perfectionnement.

Ces deux concepts sont deux parties d’un même corps, indissociables et dépendantes l’une de l’autre, comme le sont les siamois.

Sans conservation de l’espèce humaine pas de perfectionnement possible et sans perfectionnement de l’espèce humaine pas de conservation possible.

Pour un croyant, couvrir le corps de la femme pour inhiber les pulsions sexuelles du mâle, devrait être vu comm un renoncement au commandement de perfectionnement de l’esprit humain.

Il y a environ deux mille ans, Jésus déclarait à son auditoire que « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. ». Il poursuivait : « Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. »

Ainsi, insulter Jésus, insulter Mohammed, insulter Moïsesera pardonné.

En revanche, insulter la parcelle d’esprit sain que Dieu a insufflé dans l’esprit de chaque femme et de chaque homme, ne sera pas pardonné. Car refuser le premier commandement de Dieu à savoir le perfectionnement de l’esprit revient à blasphémer contre l’esprit.

La conservation de sa créature étant le but primordial du créateur, celui-ci déroge à la règle du pardon car la désobéissance de sa créature à la règle du perfectionnement serait susceptible de générer un risque de perdition pour l’humanité.

Ainsi tout ce qui dispense l’être humain de viser le perfectionnement de son espèce et en premier lieu son perfectionnement individuel est un crime contre l’esprit, le seul que Jésus déclare être impardonnable.

En conclusion, même si la pudibonderie religieuse ou laïque, n’est pas en soi, le pire danger pour l’humanité, elle est un cas d’espèce d’un nouveau paradigme destructeur qui peut se résumer ainsi :

J’exige que la société s’adapte à mes propres névroses car je ne veux surtout pas devoir travailler sur moi pour m’en libérer. Je revendique le droit à ne pas me perfectionner, de ne pas m’adapter.

Ainsi, le mâle qui veut couvrir la femme pour ne pas être tenté, ne fait que revendiquer le droit de ne pas obéir au premier commandement, à savoir, le perfectionnement de l’esprit humain.

Copyright – Droits d’auteur : Jean-François Le Drian 2022

Pour citer cet article => LA PUDIBONDERIE RELIGIEUSE OU LAÏQUE : SYMBOLE DU RENONCEMENT A L’IDEAL DE PERFECTIONNEMENT DE L’ESPRIT HUMAIN / AUTEUR : JEAN FRANCOIS LE DRIAN / PUBLIE SUR WWW.EPOCH-E.FR

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