QUELLE IDENTITÉ ISRAÉLIENNE ? JUSTICE ET NATIONALISME A TRAVERS LES TEXTES

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Théodore Herzl

Les réseaux sociaux sont souvent le lieu de vifs débats qui parfois dégénèrent. Il y a peu, j’ai pu échanger avec un interlocuteur tunisien très vindicatif à l’égard de l’état israélien.

Ce dernier se déclarant « antisioniste », je lui répondis qu’être antisioniste n’avait pas de sens puisque le projet sioniste tel que l’avait conçu Théodor Herzl s’était déjà concrétisé.

Je lui indiquai alors qu’il avait le droit de critiquer voire de militer contre le néosionisme et d’encourager le courant postsionisme, mais qu’il ne pouvait remettre en question l’existence d’Israël.

Confronté à cette terminologie non familière, il me sembla quelque peu décontenancé.

Comme lui, la plupart des français, n’est pas au fait de l’existence de cette dichotomie. Ceci est regrettable, d’autant que sans l’application des distinctions qui en résultent, il n’est pas possible de formuler de manière intelligible les problématiques auxquelles les israéliens juifs et arabes sont confrontés.

Partant de ce constat, j’ai entrepris la rédaction de ce court article visant à éclairer le lecteur sur les débats ayant cours en Israël.

Je passerai donc en revue plusieurs thématiques dans un cadre multidisciplinaire. J’aborderai les aspects religieux, politiques, juridiques ainsi que la question des croyances et des représentations, et ce, sans pratiquer le double standard ainsi que l’interprétation téléologique.

Mon seul objectif est de produire du sens et de la justesse.

I – LA CONCEPTION D’UNE IDENTITE ETHNO-RELIGIEUSE JUIVE ET SES CONSÉQUENCES

Selon Alain Dieckhoff, « avec l’avènement d’Israël, le sionisme a atteint son objectif principal », l’état d’Israël étant conçu comme l’instrument ayant permis « le rassemblement des exilés ».

Depuis l’acquisition de cette souveraineté, la question de l’identité d’Israël, de ses valeurs et de ses idéaux n’a cessé de se poser.

En France et dans la plupart des pays, ce qui fonde l’état nation c’est le sentiment de partager un système de valeurs et de principes, lesquels sont le plus souvent inscrit dans le bloc constitutionnel.

Quant au critère religieux, même si il est souvent employé dans les pays arabes qui l’incorporent dans leurs constitutions, il demeure incompatible avec le principe de neutralité.

Enfin, le critère ethno-culturel est connoté négativement car il établit des distinctions en fonction de la race, réelle ou fantasmée.

Il y a quelques années, j’échangeais avec une ancienne universitaire, spécialiste des araignées, avec laquelle j’avais sympathisé.

Lors de nos discussions, cette dernière évoquait parfois son ascendance juive. Elle m’expliquait se sentir troublée car elle n’était pas croyante, donc non juive au sens religieux du terme, et pourtant elle se sentait toujours rattrapée, malgré elle, par une identité juive qu’elle se représentait avec regret, comme engravée dans son être sans son consentement.

Pour les chrétiens et les musulmans, ce type de problème ne se pose pas. En application du principe de non contradiction d’Aristote, un chrétien ne peut pas être chrétien et non chrétien à la fois. Pourtant, il existe des juifs non juifs, l’identité juive prétendant parfois fusionner deux domaines, celui de l’ethnicité et celui du religieux.

Là encore, c’est le langage utilisé qui pose problème. Encore une fois, Wittgenstein a raison.

Un signifiant pour deux signifiés et la confusion s’installe.

La difficulté, c’est que la fusion entre l’ethno-culturel d’une part, et la religion juive proprement dite, d’autre part, est voulue par les néosionistes pour des raisons que nous aurons l’occasion d’expliciter dans un prochain article.

Aujourd’hui, il y a des arabes chrétiens, des arabes musulmans, des français musulmans, des belges juifs… Il y a des juifs arabes, c’est à dire des juifs qui vivent dans des aires culturelles arabo-musulmanes, mais existent-ils des arabes juifs ? Un arabe peut-il se convertir au judaïsme ? Imaginons que cela soit possible, appellerait-t-on cette personne un arabe juif ?

Ne faudrait-il pas créer un terme pour définir une personne adepte du judaïsme rabbinique indépendamment de ses origines ethnoculturelles ?

Imaginons par exemple un peul officiellement converti. Quels termes pourrait-on employer à la place de la locution « peul juif » ?

Finalement, l’association « français juif » ne pose pas de problème puisque le terme « français » renvoie à la nationalité et non à un caractère ethno-religieux qui dans cette association est attaché exclusivement au mot « juif ».

L’association « Arabe juif » est plus complexe puisque les deux mots composant cette locution ont chacun une connotation ethno-culturelle et/ou ethno-religieuse qui s’entrechoquent et ne s’assimilent pas.

Comme chacun le sait, la plupart des états accorde un statut fondé sur la nationalité à leurs ressortissants, mais selon la cour suprême israélienne, il n’y a pas de la nationalité israélienne. Seule la citoyenneté existe, étant précisé que les certificats de naissance différencient les citoyens juifs et les citoyens arabes.

Chacun comprendra aisément que le concept d’une nationalité israélienne est perçu par certains courants politiques et religieux comme un épouvantail car il serait de nature à fondre les communautés juives et arabes en une seule et même communauté israélienne.

Or l’ethno-religiosité juive est pour certains, en particulier pour la sphère néosioniste, le fondement principal de l’état d’Israël, lequel prévaut sur les idéaux démocratiques et de justice revendiqués par les courants postsionistes et par les arabes israéliens.

Question : Parler d’état juif est-il approprié, alors même qu’il existe des citoyens israéliens non juifs, athées, musulmans ou chrétiens ?

A ce stade, chacun aura compris pourquoi jusqu’à présent aucune constitution n’a pu voir le jour en Israël.

Il y a effectivement une absence de consensus sur la définition de l’état d’Israël puisque la dialectique entre les idéaux démocratiques et de justice chers aux postsionistes et le critère ethno-religieux endossé par les néosionistes n’a pu aboutir à une synthèse.

Selon nous, la recherche d’une conciliation entre ces deux visions de l’état d’Israël est vaine car intrinsèquement, elle n’est pas possible.

Seule l’inscription de la neutralité religieuse dans les lois fondamentales israéliennes serait de nature à porter l’idéal démocratique et la justice.

II – JUSTICE ET NATIONALISME A TRAVERS LES TEXTES

Je hais, je rejette vos fêtes, je n’agrée point le parfum offert dans vos assemblées.
Si vous m’offrez vos holocaustes et vos oblations, je n’y prends pas plaisir, et je ne regarde pas les bêtes grasses que vous sacrifiez.
Éloigne de moi le bruit de tes cantiques ; que je n’entende pas le son de tes harpes !

Que le jugement coule comme l’eau et la justice comme un ruisseau permanent !

(AMOS 5.21-24)

Ce texte très dur et exigeant s’inscrit parfaitement dans les grandes thématiques du prophétisme hébreux qui parcourent notamment les livres des prophètes (Neviim).

Que la justice coule « comme un ruisseau permanent ». Ainsi la quête de justice, est une mission sacrée, que Dieu, par la voix des prophètes, a confié à Israël.

Cette soif de justice se retrouvent dans les propos d’André Néher, écrivain, philosophe franco-israélien, Rabbin honoraire, spécialiste du prophétisme hébreu, lequel s’exprimait en ces termes : « Périsse la communauté juive… Périsse l’État d’Israël si cette communauté devait être injuste, si cet État devait être injuste ! Il m’est indifférent de savoir qu’il y a une survie du peuple juif si le peuple juif se fait l’acolyte et le complice de malfaiteurs, des criminels qui se sont répandus dans le monde ».

Après la guerre des 6 jours, lorsque qu’Emmanuel Lévinas lui rappellera ses propos, André Néher lui répondra : « Oui, je le maintiens, mais Israël est du côté de la justice. ».

A côté de cet idéal, coexiste un nationalisme juif qui parfois compromet cette justice exigée par Elohim. De cette fierté nationaliste, l’évangile porte aussi la trace :

« Et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. (Matthieu 3-9).

Lorsque l’on lit entre les lignes, on comprend que le rédacteur de ce texte semble aux prises à une forme de fierté fondée sur la prétendue primauté des liens du sang.

« Nous avons pour père Abraham » déclarent fièrement les pharisiens, ce à quoi, il leur est répondu de manière imagée que les liens du sang ne valent rien puisque même les pierres peuvent donner des enfants à Abraham et ainsi produire d’authentiques adeptes de la religion juive.

Ce qui détermine la judaïté ne serait donc pas le biologique, la descendance, mais plutôt l’état d’esprit et notamment l’attachement à la justice voulue par Dieu.

2000 ans plus tard, ce nationalisme fondé sur la filiation abrahamique n’a pas disparu puisque l’analyse du système juridique israélien et en particulier celle de la 14ème loi fondamentale confirme que le critère ethnique (les liens du sang) et le critère religieux demeurent dans un état fusionnel.

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