Le présentisme « woke » contre le relativisme historique et l’exemple du jugement moral rétroactif appliqué à Mahomet

En août dernier, le professeur James H. Sweet, président de l’Association américaine d’histoire (AHA) publie un article intitulé :

« IS HISTORY HISTORY ? – Identity Politics and Teleologies of the Present »[i]

Il convient de noter, que l’interprétation téléologique, est un mode d’interprétation dicté par le but à atteindre dans le présent.

Dans cet article, cet universitaire rappelait notamment, ce principe de base, à savoir que l’on ne peut juger des événements lointains à travers le prisme des normes ou des valeurs sociales, sociétales, éthiques, juridiques… de l’époque dans laquelle nous vivons.

Une telle attitude est une erreur méthodologique que l’on nomme « Présentisme », laquelle s’oppose au relativisme historique.

Les réactions à la publication de cet article furent d’une violence inouïe, et ce, non seulement de la part d’activistes ou de simples citoyens américains mais également d’universitaires.

A titre d’échantillon on citera les réactions et les insultes suivantes :

Laura Miller de l’Université Brandeis traitera son collègue de « Manipulateur, garde barrière, bouc » et prétendra détecter le privilège patriarcal sur son menton.

Benjamin Siegel de l’Université de Boston, déclarera que la profession d’historien est « influencée par des idéologies racistes », et qualifiera l’essai de « faute professionnelle« .

Dan Royles de l’Université internationale de Floride accuera M. Sweet d’« incohérence logique », ce qui dans le langage académique revient à traiter l’universitaire d’idiot.

Kathryn Wilson de l’État de Géorgie détectera une erreur encore plus odieuse, « une fausse représentation de la façon dont les préoccupations contemporaines de justice sociale informent la théorie et la méthodologie ».

Cette dernière remarque est très importante.

Elle signifie que pour la mouvance woke, l’interprétation du passé doit nécessairement être utile et qu’elle peut être déformée si cela a pour effet de promouvoir la justice sociale.

En quelque sorte, la fin justifie les moyens, le récit historique pouvant être déformé pour se transformer en mythe.

Mais revenons, sur notre question qui est tout simplement, celle du jugement moral rétroactif.

Le 25 novembre 2018, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, condamnait les propos de Madame S.

Dans son arrêt, la CEDH rappelle le contexte :

«En octobre et en novembre 2009, Mme S. tint deux séminaires intitulés ‘Informations de base sur l’islam’, au cours desquels elle évoqua le mariage entre le prophète Mahomet et la jeune Aïcha alors âgée de six ans et le fait que ledit mariage aurait été consommé lorsque celle-ci avait neuf ans. À cette occasion, la requérante déclara entre autres que Mahomet ‘aimait le faire avec des enfants’ et s’interrogea en ces termes : ‘un homme de cinquante-six ans avec une fille de six ans […] De quoi s’agit-il, si ce n’est de pédophilie ?‘.»

Puis elle conclut que « Mme S. avait subjectivement taxé Mahomet de pédophilie, y voyant sa préférence sexuelle générale, et qu’elle n’avait pas donné à son auditoire des informations neutres sur le contexte historique, ce qui n’avait pas permis un débat sérieux sur la question. »

Finalement la CEDH affirme en substance que l’on ne peut procéder d’emblée, sans référence au contexte historique de l’époque que l’on étudie, à un jugement moral rétroactif sur la base des règles morales du présent.

Même si selon nous, la décision de la CEDH est critiquable à d’autres égards, le principe qu’elle énonce est bon.

Tout citoyen et à fortiori tout universitaire digne de ses titres, doit se garder de pratiquer le jugement moral rétroactif avec les lunettes des valeurs de l’époque dans laquelle il évolue.

Sur le sujet, il convient cependant, d’aller plus loin.

A cette fin, nous nous utiliserons les travaux du Comité consultatif sur les expériences sur les rayonnements humains (ACHRE).

Cliquer sur l’image pour accéder au chapitre 4 du rapport établi par ce comité

Ce comité fut créé à l’initiative du président Bill Clinton le 15 janvier 1994 pour enquêter et établir un rapport sur l’utilisation d’êtres humains comme sujets de recherche par le gouvernement fédéral, qui durant les années 40 et 50, décida d’évaluer notamment les effets des rayonnements ionisants.

La chapitre 4 du rapport de cette commission s’intitule « Standards éthiques rétrospectifs»[ii] et vise à établir à établir un cadre de référence pour l’établissement des responsabilités et culpabilités, relatives à des faits historiques.

Il traite notamment de la notion de jugement moral rétroactif.

Nous invitons le lecteur à lire ce chapitre 4 dont nous extrairons ici seulement quelques principes.

Parmi les questions à se poser avant de poser un jugement moral rétroactif,  nous citerons les suivantes :

1°) Les standards éthiques de l’époque furent-ils suivis ?

2°) Existait-il plusieurs obligations concurrentes ?

3°) Existait-il une ignorance culturellement induite interdisant de se référer à certaines obligations morales ?

4°) Les personnes affectées par une ignorance culturellement induite furent-elles exposées à d’autres conceptions qui représentaient une opportunité pour corriger leurs croyances ?

Ce cadre étant posé, appliquons le au prophète des arabes, Mahomet.

Depuis qu’elle existe la tradition islamique nous rapporte le fait que Mahomet consomma son mariage avec Aïcha, lorsqu’elle eu 9 ou 10 ans.

Pour juger de la précocité des rapports sexuels que Mahomet entretenu avec Aïcha, la première question à se poser est la suivante :

Une telle orientation sexuelle était-elle choquante eu égard aux normes éthiques de l’époque telle qu’elles prévalaient dans la péninsule arabique ?

La réponse susceptible de nous être fournie par des historiens est « non ».

Deuxième question : Mahomet aurait-il pu être exposé à une norme alternative stigmatisant ce type de pratique sexuelle ?

La réponse est « non », et ce, même si l’on peut imaginer que certains de ses contemporains disposaient d’une sensibilité leur interdisant des rapports sexuels aussi précoces.

Finalement, on peut conclure que Mahomet peut difficilement être considéré comme un pédophile, sauf évidemment à pratiquer le présentisme woke.

On peut affirmer également, sans le condamner, qu’il ne fut pas apte à s’élever au-dessus des standards moraux de son époque.

En outre, sauf à considérer que Dieu, s’il existe, valide ces rapports sexuels précoces, on peut affirmer que Mahomet ne fut pas inspiré par Dieu en la matière.

Enfin, si le presentisme devait trouver une seule application, il servirait à fournir un critère pour déterminer si un personnage historique peut servir de modèle dans la société actuelle.

En l’espèce, il est évident que Mahomet ne peut servir de modèle dans le domaine des rapports hommes/enfants.

[i] Is History History? | Perspectives on History | AHA (historians.org)


[ii] Chapter 4: An Ethical Framework (georgetown.edu)

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