PAVLOV, PSYCHIATRIE DE GUERRE, ET CONVERSIONS SOUDAINES

Les guerres avec leurs flots de drames humains s’accompagnent souvent d’une certaine créativité déployée notamment par ceux qui cherchent à réparer les souffrances engendrées par les conflits. Dans un passé pas si lointain, des psychiatres de guerre générèrent des données utiles à la compréhension de la psyché humaine.

Durant la « London Blitz », puis pendant la Bataille de Normandie, de nombreux soldats et civils furent soumis à des conditions de stress extrêmes nécessitant la mise en œuvre d’une psychiatrie de crise pour soigner ces névroses de guerre, ces symptômes post-traumatiques, dans les délais les plus courts.

Alors que des milliers de soldats affluaient à Londres pour être soignés, les psychiatres de guerre découvraient que les descriptions des névroses expérimentales décrites par le fameux physiologiste russe Ivan Petrovitch Pavlov s’avéraient entretenir une correspondance étroite avec les névroses de guerre auxquelles ils étaient confrontés.

Représentation de la relation entre d’une part, le stress et le développement de l’épuisement au combat et l’efficacité au combat du soldat américain moyen pendant la bataille de Normandie

Déjà à cette époque l’idée d’exploiter des données intéressant le comportement animal pour traiter l’humain n’était pas très bien accueillie. Comment un être humain doté d’une âme pourrait-il être comparé à un animal qui en serait dépourvu ?

Aujourd’hui, au-delà de cette réticence, les travaux de Pavlov ne seraient pas réplicables, car les expériences pratiquées par Pavlov sur ces chiens seraient considérées comme éthiquement inacceptables.

Quoi qu’il en soit, la rigueur et la précision fournies par cet immense scientifique sont reconnues par la communauté scientifique.

Ses notes et ses conclusions ont une valeur inestimable. C’est pourquoi, tout scientifique qui se respecte ne devraient pas passer à coté de ces travaux d’une grande fécondité.

Cet article est le premier d’une courte série qui nous permettra tout d’abord de nous familiariser avec le concept de névrose expérimentale induite. Nous montrerons également, l’analogie entre névroses animales et névroses humaines.

Enfin, nous démontrerons que l’efficacité des méthodes de conversion des  prédicateurs les plus performants, s’appuyèrent sur les phénomènes que Pavlov et les psychiatres de guerre mirent en évidence, des siècles plus tard.

Mais entrons dans le vif du sujet et commençons par expliquer le concept de névrose expérimentale induite.

Afin de comprendre le dispositif expérimentale de Pavlov, il convient de préciser en premier lieu la manière dont ce dernier classait ses sujets.

Pavlov se contenta de reprendre les quatre « tempéraments » de base inventés par Hyppocrates pour différentier les êtres humains.

LA CLASSIFICATION PAVLOVIENNE DES TEMPERAMENTS

Le premier tempérament était le tempérament colérique, que Pavlov qualifiait de « fortement excitable».

Le deuxième était le comportement sanguin qui représentait pour Pavlov de le tempérament d’un chien « vivant » doté d’un comportement plus équilibré.

Face au stress imposé ou aux situations conflictuelles, la réponse de ces deux types consistait en un état d’excitation augmenté et un comportement plus agressif.

Cependant, alors que l’agressivité d’un chien « vivant » était dirigée et contrôlée, celle d’un chien colérique se traduisait par un comportement sauvage et incontrôlable.

Le troisième tempérament était décrit par Pavlov comme celui d’un chien « calme et imperturbable », correspondant au type « flegmatique » selon Hyppocrates.

Le dernier, correspondant à la catégorie des « Mélancoliques» était qualifié par Pavlov de « type inhibiteur faible » réagissant au conflit et à l’anxiété par la passivité et l’évitement des tensions.

Cette typologie étant établie, rappelons le principe du conditionnement PAVLOVIEN.

LE CONDITIONNEMENT PAVLOVIEN ET LES REFLEXES CONDITIONNES

Dans le cadre des dispositifs expérimentaux mis en œuvre par PAVLOV, un chien reçoit un signal précis, comme le battement d’un métronome ou le passage d’un courant électrique faible dans un membre, et ce, avant que de la nourriture lui soit fournie.

Après un certain temps pendant lequel ce processus est dupliqué, le signal provoque une anticipation du processus de salivation, et ce, alors même que le chien n’a pas la possibilité de voir ou de sentir la nourriture.

Ainsi, un réflexe conditionné est créé à travers l’édification d’une relation entre un signal et l’attente de nourriture.

Dans ce cadre expérimental, le physiologue démontra que le pouvoir de discrimination entre différents signaux était impressionnant, un chien étant capable de distinguer entre un signal de 500 pulsations/minute pourvoyeur de nourriture et un signal de 490 non pourvoyeur de nourriture, lequel ne provoquait de salivation.

La quantité de salive était par ailleurs mesurée pour évaluer l’intensité du réflexe conditionné produit par le cerveau.

Intéressons nous maintenant à ce que PAVLOV appela la stimulation Transmarginale.

STIMULATION TRANSMARGINALE ET NEVROSES INDUITES

Pavlov aura recours dans ses expériences à quatre techniques visant à induire quatre types de stress.

Le premier consistait à augmenter l’intensité du signal électrique utilisé comme signal pourvoyeur de nourriture jusqu’à obtenir un état de dépression (breakdown).

Le deuxième consistait à augmenter le temps entre le signal et la fourniture de nourriture. Là encore, la névrose apparaissait lorsque ce temps devenait trop long.

La troisième consistait à générer une confusion entre les signaux positifs et les signaux négatifs, le chien perdant toute certitude quant à ce qui était censé se passer après le signal. Une névrose expérimentale était ainsi générée.

La dernière façon de produire une névrose expérimentale, lorsque les trois premières méthodes avaient échoué, était d’altérer la condition physique des chiens en leur imposant des longues périodes de travail, en générant des troubles gastro-intestinaux, de la fièvre, une castration…

Pavlov découvrit que ces quatre méthodes ne produisaient pas les mêmes effets sur les chiens et qu’il convenait de distinguer entre les chiens selon le type de tempérament les caractérisant.

Ses conclusions furent les suivantes :

S’agissant des inhibiteurs faibles (chiens mélancoliques), le nouveau schéma névrotique ainsi implanté pouvait être extrait rapidement par des doses de bromides, lesquelles n’altérait pas dans la durée le tempérament originel du sujet.

Chez les chiens « vivants » (sanguins) et les chiens « imperturbables » (flegmatiques) qui avaient besoin d’une castration pour qu’une névrose expérimentale soit obtenue (les trois premières méthodes n’étant pas efficaces), Pavlov trouva que le nouveau schéma de comportement qui avait été implanté après que l’ancien fut « cassée » était souvent inaltérable, et ce, même longtemps après que les chiens aient recouvré la santé physique.

Pour ces chiens, sans un affaiblissement physique temporaire, le « breakdown » n’était pas possible et le nouveau schéma de comportement ne pouvait être implanté.

Pour le psychiatre William Sargant, auteur du livre « Battle for the mind » dont le présent article s’est inspiré, cette dernière constatation est transposable à l’être humain.

On remarque en effet que souvent des personnes dotées d’un fort caractère, après des périodes d’affaiblissement physique éprouvant ou de privation de nourriture, peuvent changer radicalement et durablement de croyances et de convictions.

Et même lorsque ces personnes recouvrent la santé, elle demeure indéfectiblement attachées à la nouvelle orientation de leur vie.

Ainsi Pavlov établit que la capacité d’un chien à résister au stress pourrait varier en fonction de son système nerveux et de son état de santé physique.

Il fut surpris de découvrir qu’une fois qu’une inhibition transmarginale avait été induite au moyen d’une ou plusieurs des quatre méthodes précités, d’étranges changements apparaissaient au niveau du fonctionnement du cerveau canin.

Ces changement pouvaient être mesurés avec précision au moyen de la quantité de salive sécrétée par les glandes salivaires.

Trois niveaux d’inhibition transmarginale furent ainsi identifiés

LES TROIS NIVEAUX D’INHIBITION TRANSMARGINALE

Le premier fut qualifié d’EQUIVALENCE d’activité du cortex cérébrale et ce, parce que quelque soit la force du stimuli la quantité de salive restait toujours la même.

Chez l’humain, ce phénomène est également observable chez les personnes ayant subi une intense fatigue, un affaiblissement physique sérieux. Ces personnes produiront souvent une réaction émotionnelle identique en intensité quel que soit le stimuli, qu’il s’agisse à titre d’exemple, du leg d’un parent lointain de 1000 € ou de 500.000 €.

Quant un stress encore plus fort est appliqué, les chiens entraient dans la phase paradoxale caractérisée par le fait que des stimuli faibles viennent à produire plus d’effets que des stimuli forts.

Un tel phénomène résultait de l’augmentation du phénomène d’inhibition protectrice. Ainsi, une chien refusera la nourriture accompagnée par un stimulus fort, mais l’acceptera lorsque le stimulus était suffisamment faible.

Le dernier niveau était qualifié d’ultra-paradoxal par Pavlov. Ici, les réponses positives étaient transformées en réponses négatives et vice-versa. Le chien par exemple se mettait à détester l’assistant de laboratoire qu’il aimait beaucoup auparavant et à aimer celui qu’il détestait.

Nous conclurons le premier article de cet série par la réflexion suivante que nous devons à William Sargant.

« L’analogie entre ces expériences et les conversions religieuses ou politiques soudaines, devraient apparaître évidentes même aux yeux des plus sceptiques :

Pavlov a montré par des expériences techniquement (et non éthiquement) réplicables comment un chien comme un être humain, peuvent être conditionnés à aimer ce qu’il ont auparavant détesté et à détester ce qu’il ont auparavant aimé.

De la même façon, une structure comportementale humaine peut être temporairement remplacée par une autre incompatible avec la première, pas seulement au moyen d’un endoctrinement persuasif, mais également en imposant une tension intolérable sur le fonctionnement normal du cerveau. »

Cette tension, les prédicateurs qui ne cessèrent de menacer leur auditoire de la damnation éternelle en cas de désobéissance, surent la générer pour obtenir l’effondrement psychologique de certains sujets et pour pouvoir implanter dans leurs cerveaux le nouveau jeu de croyance.

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