L’autopoïèse et la Trinité de la vie de Maturana et Varela

L’autopoïèse est un concept qui fut inventé par Humberto Maturana et Francisco Varela pour décrire le vivant, et tenter d’établir un critère visant à distinguer la vie de la non-vie.

La caractéristique principale du vivant est de reproduire continuellement sa propre organisation, c’est là le sens du terme « autopoïèse ».

Ce qui fait la singularité d’un organisme vivant, c’est d’être à la fois, structurellement ouvert, mais en même temps fermé du point de vue organisationnel.

Pour comprendre la notion de structure ouverte, il faut se référer aux travaux d’Ilya Prigogine.

Pour ce dernier, la structure d’un système vivant doit être considérée comme une structure dissipative qui maintient sa stabilité loin de l’équilibre en échangeant avec l’extérieur matière et énergie.

Ainsi, alors que la forme de l’eau qui chemine le long du rivage de la rivière et contournent les obstacles, semble toujours la même, ce n’est pas la même eau qui coule autour de la roche qui affleure

Concrètement, la matière qui composent nos corps et constitue sa structure physique est sans cesse renouvelée. Ce renouvellement permanent est le résultat d’un flux d’échange d’énergie et de matière avec l’extérieur.

En d’autres termes, aujourd’hui la matière qui compose notre corps n’est pas la même que celle qui le composait il y a un mois. Et pourtant, sa structure physique demeure essentiellement inchangée.

Pour autant l’organisation qui maintient la structure de notre corps quasiment identique à ce qu’elle était il y a un mois, un an, elle, semble demeurer permanente.

Et surtout, contrairement, à la structure physique des êtres vivants qui demeure ouverte et fait l’objet d’un flux d’échange de matière et d’énergie avec l’extérieur, l’organisation qui détermine cette structure demeure irrémédiablement fermée.

C’est pourquoi, un système vivant est à la fois fermé et ouvert. Fermé au niveau de son organisation et ouvert au niveau de ces structures dites « dissipatives. »

Pour parfaire cette description de la vie, un troisième élément est nécessaire. Il s’agit du processus de la vie per se, c’est-à-dire de l’incarnation continuelle de l’organisation fermée immuable, dans les structures physiques ouvertes dites dissipatives.

Pour marquer les esprits, on peut parler du concept de « Trinité de la vie »  représentée par le schéma ci-dessous.

Le terme « Trinité » évoque nécessairement chez les chrétiens, le dogme de la trinité. Pourtant l’analogie est imparfaite.

Rappelons que la formulation du dogme de la Trinité ne fut pas l’aboutissement d’un raisonnement spéculatif ou discursif, mais le résultat d’un consensus visant maintenir l’unité de l’Église, consensus  que l’on peut résumer ainsi : une seule substance et trois hypostases.

Le père, le fils et le Saint Esprit constitueraient ces trois hypostases et partageraient la même substance.

Or notre « Trinité de la vie » ne répond pas à cette construction, et l’analogie qu’on imagine pouvoir déceler se dissipe rapidement après une analyse succincte.

Finalement, si l’on voulait tenter un exercice de rapprochement entre cette conception de la vie et certaines conceptions religieuses, on pourrait convoquer deux concepts, l’idée d’information créatrice développée notamment par Claude Tresmontant et le terme hébreux « Ruah » qui signifie « vent, souffle, esprit », les deux concepts pouvant le cas échéant fusionner.

Ainsi dans l’hypothèse monothéiste de l’existence d’un principe organisateur transcendantal que l’on identifierait à Dieu, la Trinité revisitée pourrait être formulée en des termes différents.

Dieu serait la source de ce schéma d’organisation qui viendrait fournir une information créatrice aux structures physiques constitués de matière changeante, et ce, par l’intermédiation du « Ruah », du souffle, de l’esprit porteur de cette information.

Cet digression n’était qu’une parenthèse, un préalable avant d’aborder un phénomène qui intéressent à la fois la biologie et le religieux.

Il s’agit de la mort et notamment du sens de la mort d’un organisme vivant.

Qu’est ce qui différencie un corps sans vie d’un être vivant ? Même si la réponse peut paraitre évidente, sa formulation n’est pas si simple.

Le corps sans vie est une structure physique qui cesse d’être organisée et d’échanger avec l’extérieur. Il peut-être qualifié d’amas de matière.

Lorsque la mort surgit, le composant de la trinité du vivant qui vient ainsi à manquer est le phénomène d’incarnation continuelle.

Finalement, le concept de Trinité de la vie pose la question des propriétés dite « émergentes », c’est à dire qui n’émergent qu’au niveau de la structure et non de ses parties, et de la possibilité ou de l’impossibilité du réductionnisme (expliquer le tout par ses parties).

Ce concept suscite notamment les questions suivantes :

« Peut-on expliquer le tout et son organisation à partir de l’analyse des parties ? »

« La physique de la matière permettra-t-elle un jour de comprendre l’organisation du vivant ? »

« Pourquoi n’existe-t-il pas encore de ponts théoriques entre l’organicisme par exemple et la physique de la matière ? »

« L’absence de construction de ponts théoriques entre la physique de l’infiniment petit et la biologie est-elle le résultat d’une impossibilité ultime ou d’un problème d’incommensurabilité ayant cours entre certaines théories scientifiques, lequel serait surmontable in fine ? »

Finalement, ce petit article pose beaucoup de questions sans y apporter de réponse. Pour autant j’espère qu’il aura eu le mérite de susciter la curiosité.

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