LE PROBLEME DE L’ENTERINEMENT PAR LE DICTIONNAIRE DES MOTS ENGLOBANTS PROMUS PAR LES MINORITES AGISSANTES : L’EXEMPLE DU MOT « ISLAMOPHOBE »

Il y a peu, lors d’une discussion avec une personne qui traitait d’islamophobes ceux qui critiquaient l’orthodoxie sunnite, je lui indiquai que le terme « islamophobe » signifiait étymologiquement « peur de l’islam », puisque le vocable « phobia » était issu du grec ancien φόβος phóbos, signifiant « effroi, peur ».

Elle me rétorqua que le dictionnaire « Le petit Robert » définissait ce terme comme le fait d’être « hostile à l’islam et aux musulmans. ».

Je lui répondis que les dictionnaires se contentaient d’entériner les usages et notre conversation s’arrêta là.

Cet exemple d’échange très révélateur permet selon moi de mettre en évidence un mécanisme et de soulever un problème important.

Le mécanisme est simple. Des minorités agissantes inventent un mot et lui attache une signification de leur choix. Ce mot est utilisé, répété puis médiatisé. Les journalistes, qui ne se soucient peu de cohérence et d’étymologie, reprennent alors en boucle le mot ainsi créé. Les lexicographes remarquent cet usage et finalement font entrer ce mot usité par une petite partie de la population dans le dictionnaire.

Quel est le problème ?

Le problème avec le mot « islamophobe » est qu’il est englobant et est attaché à plusieurs signifiés, à plusieurs sens. Une personne islamophobe serait hostile à l’Islam et aux musulmans, comme si ces deux dispositions d’esprit allaient de pair.

Pourtant, à titre personnel, j’ai des amis qui détestent la religion catholique, mais qui m’aiment, et pourtant, je suis catholique. Enfin, certaines personnes ont peur de l’Islam, mais détestent-elles l’Islam pour autant.

Ma mère a peur des chats, mais ne les détestent pas.

En réalité, le mot islamophobe pourrait être décomposé comme il suit :

SensStatut juridiqueProposition de signifiant
Peur de l’IslamExpression publique de ce sentiment autoriséeIslamophobe
Peur des musulmansExpression publique de ce sentiment autoriséeMusulmanophobe
Détestation de l’IslamExpression publique de ce sentiment autoriséeMisislam (comme misanthrope)
Détestation des musulmansExpression publique de ce sentiment prohibéeMisomusulman (comme misogyne)

En réalité, cet exercice pourrait faire rire, mais il pose un problème que Wittgenstein soulevait en son temps, à savoir que la plupart des problèmes insolubles sont liés à un problème linguistique, et l’espèce, sémantique.

Le mécanisme et le problème étant expliqués, voici la solution que je propose :

Il appartiendrait selon moi à l’Etat, lorsque ses services constatent l’apparition d’un mot dont l’usage fait polémique et lorsque ce mot intègre un faible degré d’ingénierie linguistique (non sens étymologique par exemple) de par son caractère trop englobant ou dont l’usage est susceptible de mélanger du licite et de l’illicite, de saisir l’académie française d’une mission d’ingénierie linguistique.

Ainsi pour le cas du mot « islamophobe », l’académie française devrait être missionnée afin de créer quatre mots supplémentaires attachés aux quatre signifiés décrits ci-avant.

Ce procédé aboutirait à un enrichissement de la langue et non à son appauvrissement, étant précisé que l’appauvrissement d’une langue génère l’appauvrissement ou le contrôle de la pensée comme l’illustre la novlangue dans le roman « 1984 » écrit par Georges ORWELL.

Ainsi la définition du mot « islamophobe » figurant dans le dictionnaire pourrait figurer de la manière suivante :

Islamophobe adjectif et nom :

Nom résultant d’un usage répété signifiant : « Hostile à l’Islam et aux musulmans« . (On ne touche donc pas à la définition d’usage).

Compte tenu du caractère englobant de ce mot, l’académie française recommande de distinguer les significations de ce mot en ayant recours aux mots suivants : Islamophobe, Musulmanophobe, Misislam, Misomusulman.

D’une manière générale, il est précisé que les mots imprécis dont l’usage est entériné par le dictionnaire ne doivent surtout pas disparaître afin qu’en aucun cas l’Etat puisse insidieusement choisir le vocabulaire usité par les citoyens.

Ce mode opératoire devrait être inscrit dans la loi et pourrait s’appliquer à bien d’autres domaines de sorte d’enrichir le vocabulaire, le rendre plus précis et ainsi limiter les phénomènes de polarisation grâce à l’usage de termes précis et nuancés.

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